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    Afin de vous donner une idée de la manière dont mon roman est écrit, et de vous mettre (je l’espère !) l’eau à la bouche, voici le Prologue de mon premier roman, Le Cœur de Pierre.  

    J’espère que cela vous plaira. N’hésitez pas à laisser des commentaires sur cet article pour me donner vos premières impressions. Je serai très heureuse de les lire et d’y répondre !

    En attendant l’éditeur qui voudra bien me donner ma chance, bonne lecture, chers amis !

     

    *

    *  *

    Il était huit heures.

                Dans tous les jardins de Senlis, les fleurs, déjà pleinement épanouies, profitaient des premiers rayons du soleil. L’astre caressait de ses doux rayons matinaux les habitations de cette ville au grand passé historique. Les oiseaux chantaient à tue-tête dans le ciel et les arbres aux feuilles pleines de chlorophylle répandaient leur doux parfum dans les rues et les jardins.

                En ce beau mois de juin, la douceur du printemps laisserait bientôt sa place à l’assurance de l’été.

     

                La lumière du matin se posait petit à petit sur les maisons, les rues anciennes et les immeubles de quatre ou cinq étages qui se côtoyaient dans la ville. Certaines maisons, au style ancien, faisaient rêver riverains ou simples touristes à chaque fois qu’ils passaient devant.

                Cependant, celle qui attirait le plus de regards se trouvait Avenue du Maréchal Foch, tout près de l’une des routes permettant d’entrer dans le centre-ville. Derrière un muret surplombé d’une grille en métal, on pouvait voir une grande de maison de deux étages. Bâtie en pierres de carrière beige, elle possédait un liseré de briques rouges juste au-dessous du toit en ardoises. Sur le côté gauche se trouvait un petit escalier en pierres et sa rambarde de métal blanc dont la peinture s’écaillait élégamment. Les fenêtres et les portes étaient elles aussi peintes en blanc.

    Enfin, sur le toit de la mansarde, à l’avant de la maison, se trouvait perchée la statue d’une cigogne. Cette élégante sculpture regardait droit devant elle, dressée sur ses hautes pattes. Elle semblait si vraie que les gens ne pouvaient s’empêcher de s’interroger. Mais sa totale immobilité avait vite fait de répondre à l’interrogation muette des passants qui s’arrêtaient, attendant un signe qui ne venait jamais. Et ce, été comme hiver.

     

    Lorsque l’on passait la porte d’entrée, on pouvait découvrir un grand hall qui donnait d’un côté sur le salon et de l’autre sur une grande cuisine équipée. La demeure possédait également trois chambres, une immense salle à manger pouvant accueillir de nombreux convives, un bureau et une salle d’eau. Enfin, la cave et le grenier couvraient toute la surface de la maison. On y trouvait également bon nombre de placards, représentant les cachettes rêvées lors des parties de cache-cache tant appréciées des enfants de tout temps.

    Il aurait cependant été difficile à un enfant de se cacher dans l’un de ces placards, aussi petit et fin fût-il. En effet, emplis de dizaines, voire de centaines d’objets tous moins importants les uns que les autres, ces placards n’abritaient plus aucune cachette. La plupart des choses qui se trouvaient là auraient dû être jetées depuis longtemps. Mais le propriétaire de cette magnifique demeure ne pouvait se résoudre à s’en débarrasser. Les objets cassés ou dépareillés finissaient immanquablement dans l’un de ces placards, attendant d’être réparés, donnés ou revendus. Mais leur propriétaire les rangeait et oubliait leur existence, comme s’il tentait d’oublier ses propres fêlures.

     

    En ce dimanche, le fameux propriétaire de la maison se tenait déjà assis à son bureau malgré l’heure matinale. Assis nonchalamment dans son siège, ses doigts tapotant machinalement le grand secrétaire en bois, il regardait l’écran de son ordinateur.

    Le bureau était probablement la pièce dans laquelle il passait le plus de temps. Aussi, on pouvait y trouver une grande étagère vitrée dans laquelle se côtoyaient ses livres préférés, ceux qu’il ressortait de temps à autre pour se replonger dans des histoires tour à tour fantastiques ou effrayantes, toutes plus fascinantes les unes que les autres. Ainsi se trouvaient côte à côte Dracula de Bram Stocker, Les voyages de Gulliver de Swift ou encore presque tous les Voyages extraordinaires de Jules Verne.

    Son secrétaire portait également sans peine une pile de livres dans lesquels il planifiait de se plonger, mais qu’il n’avait pas encore pris le temps d’ouvrir. Il s’agissait pour la plupart de romans contemporains : thrillers, romans fantastiques, essais... Enfin, sous un dôme de verre, tout près de son ordinateur, se trouvait une vieille machine à écrire Hermès des années 1950, couleur de grès avec un fin liseré rouge sur son pourtour.

    Il se plaisait à soulever parfois ce dôme pour poser ses doigts sur les touches rondes de la machine que son père et son grand-père avaient autrefois utilisées. Il entendait alors le cliquetis agréable des caractères qui frappaient le ruban de carbone pour laisser la marque de leur lettre sur le papier. Puis le son plus aigu indiquant que la fin de la ligne arrivait et le grésillement de la barre que l’on ramenait au début de la feuille pour sauter une ligne…

    Il lui arrivait d’écrire quelques lignes sur la vieille machine dont il avait hérité adolescent. Mais la plupart du temps, il utilisait cet objet tellement moins personnel mais ô combien plus pratique qu’était son ordinateur.

     

                Pierre Melet avait fêté ses quarante ans un mois plus tôt. Grand et athlétique, ses cheveux châtains laissaient apercevoir quelques mèches grises. Ses yeux verts aux coins desquels commençaient à se profiler de fines ridules se posèrent sur ses livres d’un air rêveur. Depuis qu’il était enfant, il était amoureux de la littérature.

                Il ne se souvenait pas de ce qui lui avait premièrement donné le goût de la lecture. Mais aujourd’hui, il n’aurait pu s’en passer pour rien au monde. Il aimait vivre toutes sortes d’aventures, rentrer dans la peau de personnages tellement différents les uns des autres et dans lesquels, parfois, il se reconnaissait un peu.

                Cette passion l’habitait depuis des années et aujourd’hui, il vivait d’elle.

     

                Comme tous les enfants, il avait dû écrire des rédactions tout au long de sa scolarité, prenant ce travail avec amusement ou avec ennui selon son humeur du moment et son inspiration pour le sujet imposé. Mais c’était à l’âge de quatorze ans que son amour de la lecture l’avait amené à celui de l’écriture. Il avait obtenu la meilleure note de sa classe à un devoir de français dans lequel il devait écrire une histoire de quatre pages : « Vous êtes au Musée du Louvres et vous vous retrouvez enfermé à l’intérieur à la fin de la dernière visite. Vous êtes seul. Inventez la suite de l’histoire dans un style soutenu. »

    Il s’était senti incroyablement excité quand le professeur avait noté ces mots à la craie blanche sur le tableau noir. Aidée de tous les livres qu’il avait pu lire, son imagination lui avait permis de créer sa première histoire. Il avait alors reçu les félicitations de son professeur, d’habitude avare en compliments. Il avait même cru voir un petit sourire courir sur ses lèvres lorsqu’il lui avait rendu sa copie en énonçant sa note, un brin de fierté perçant dans sa voix d’habitude remplie d’aigreur.

                Aujourd’hui, même s’il était un écrivain professionnel, il avait la possibilité d’écrire d’abord pour son propre plaisir. Si les lecteurs aimaient ses livres, il en était heureux, mais il ne s’offusquait jamais du contraire. Ce qui lui importait, c’était de trouver les mots justes pour retranscrire ses émotions, ses pensées et ses rêves. C’était ainsi qu’il avait toujours écrit et ses lecteurs n’en étaient que plus satisfaits, comme il avait pu s’en rendre compte lors de séances de dédicaces organisées par son éditeur.

                Cependant, depuis quelques années, l’auteur s’était refermé sur lui-même. Le nombre de séances de dédicaces s’était drastiquement réduit et désormais, il ne se prêtait plus à cet exercice. Pierre ne voulait plus rencontrer ses lecteurs, préférant rester seul, tentant d’oublier en se noyant, non pas dans l’alcool comme l’auraient fait de nombreuses personnes à sa place, mais dans la littérature. Il travaillait plus encore qu’avant, essayant de ne laisser à son esprit aucun répit pour penser à ce qui lui était arrivé.

                Il voulait oublier.

                Oublier quoi ?

                Il refusait d’y penser, espérant que cela deviendrait plus facile.

     

                Mais aujourd’hui, alors qu’il fixait d’un regard vide le petit pointeur de son ordinateur, apparaissant et disparaissant régulièrement sur la page numérique blanche, il ne put empêcher son esprit de voir une très belle femme d’une trentaine d’années entrer dans le bureau et s’asseoir sur le coin du secrétaire en souriant, sa longue chevelure châtain ondulée dansant dans son dos, ses yeux d’un bleu riant.

                Lui-même sourit légèrement avant de secouer la tête et de fermer les yeux pour chasser cette image, réminiscence d’un passé perdu à jamais. Il retint ses larmes, tentant à nouveau de se concentrer.

                Mais se concentrer sur quoi ?

                Il n’avait aucune idée.

                Cela faisait quatre ans et demi que son esprit était totalement stérile. Il ne savait pas quoi écrire et restait assis devant son ordinateur des heures durant. Puis, il l’éteignait sans avoir tapé le moindre mot sur son clavier. Il allait alors s’asseoir dans l’un des gros fauteuils de sa bibliothèque, contemplant les centaines de livres qui se trouvaient là.

                La pièce était également meublée de deux petits divans, d’une grande table en bois en chêne sculpté entourée de six chaises et d’une cheminée. Dans l’ambiance calme et feutrée de sa bibliothèque, Pierre finissait par s’endormir, son esprit ne rêvant pas, refusant de lui donner la moindre idée de roman, même inconsciemment.

                Il était pourtant heureux cinq ans plus tôt, mais après ce…

                Non, il ne devait plus y penser.

                Ca ne le mènerait à rien. Il devait oublier, comme si cela n’était jamais arrivé. Faire table rase et recommencer sa vie. Mais il n’y arrivait pas. Il ne cessait de se demander ce qu’il avait pu faire pour mériter un tel traitement de la part des Forces qui gouvernaient peut-être ce monde.

     

                Le soir, il se couchait aux alentours de vingt-trois heures, après avoir lu. Il restait plusieurs minutes à regarder le plafond sombre de sa chambre, tentant de vider son esprit de toutes les pensées qui voulaient l’assaillir à ce moment de la nuit où la solitude lui pesait plus encore.

                Enfin, il tombait dans un profond sommeil sans rêve.

     

                Ainsi se déroulaient ses journées et ses nuits depuis plus de quatre ans, depuis qu’il avait publié son dernier roman… Inlassablement, il faisait chaque jour les mêmes gestes, les mêmes trajets, de manière presque automatique. Pierre ne rompait ce morne quotidien que pour aller faire ses courses en milieu de semaine, lorsqu’il y avait le moins de monde possible au supermarché se trouvant à deux minutes en voiture.

                Il avait perdu contact avec nombre de ses amis. Il n’avait pas cherché à les revoir ou à les contacter. Et, probablement fatigués d’attendre un signe de bonne volonté de sa part lorsqu’ils lui rendaient visite ou téléphonaient dans les premiers mois, ils s’étaient éloignés à leur tour.

                Seul son éditeur continuait à lui téléphoner, une fois par mois… Il prenait des nouvelles, mais la même question revenait indubitablement : avait-il une idée pour un nouveau roman ? Pierre répondait toujours pas la négative et l’appel, qui ne durait que quelques minutes, se finissait par des encouragements de l’éditeur qui lui assurait qu’il avait le temps… Qu’il n’avait pas à s’inquiéter et que l’inspiration viendrait d’un coup… Qu’il était là s’il avait besoin de parler de quelque chose…

     

                Mais Pierre ne parlait pas.

    Et l’inspiration ne venait pas davantage.   

                Rien ne changeait…


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